Reconnaissance des crimes historiques

C’est un fait indéniable que les blessures infligées aux femmes par le sexisme omniprésent de toutes les sociétés de la planète ne sont pas considérées par les Etats comme aussi sérieuses que celles résultant du racisme et du colonialisme. C’est au demeurant au nom de ces dernières qu’a surgi un autre type de revendication contemporaine fondée sur la reconnaissance qui prend la forme de demandes de réparation pour les crimes historiques commis en raison du racisme, du colonialisme et de l’impérialisme. La reconnaissance de l’Autre au sein de la société postcoloniale ne passe-t-elle pas en effet par l’acceptation d’une histoire partagée qui met en lumière des siècles de déni de l’Autre et la nécessité de réparations pour les préjudices historiques infligés ?

De telles revendications ont été formulées par le tiers monde dès les indépendances, y compris dans le cadre du NOEI, mais il est incontestable que depuis la fin de la guerre froide, elles prennent une place beaucoup plus importante qu’auparavant. Il n’est guère pour s’en convaincre que de voir la façon dont ces demandes de reconnaissance se sont multipliées mais également diversifiées suivant les différents préjudices historiques invoqués : elles vont des nouvelles demandes de réparation pour les victimes du nazisme allemand à l’Est et de l’impérialisme japonais en Asie à celles des peuples autochtones comme les Maoris de Nouvelle Zélande ou les Aborigènes d’Australie en passant par les réclamations des Africains en raison de l’esclavage, de la traite et de la colonisation passés. Alors que l’histoire semblait avoir entériné le fait accompli de ces destructions et de ces asservissements, les uns et les autres se sont organisés et veulent désormais que les Etats reconnaissent leur responsabilité dans les crimes historiques commis à leur égard et leur octroient des réparations.

Mais quelle place peut-on réellement accorder à ces demandes de réparation où refont surface les crimes du passé avec leur cortège malheureusement innombrable de victimes et de leurs descendants en quête de reconnaissance ? Peut-on réparer l’histoire demandait Antoine Garapon1 ? Et existe-t-il aujourd’hui un droit international de la réparation des préjudices historiques, voire même un droit à réparation ? A ces questions réellement décisives en ceci qu’elles posent le problème de la possibilité effective de la réparation de l’histoire et des identités blessées, la Conférence de Durban de 2001 (avec réexamen à Genève en 2009) a tenté d’apporter des réponses politiques et juridiques qui permettent de comprendre tout autant les enjeux essentiels de ce type de demande en matière de reconnaissance que les apories et les limites auxquelles il s’expose lorsqu’il s’agit de recourir au droit international. Bien évidemment il ne s’agit que d’un exemple parmi les multiples contentieux de réparation qui ont lieu aujourd’hui, mais du moins peut-on souligner que l’objet des discussions de Durban est sans doute l’un des plus pertinents pour notre analyse de la société globale postcoloniale/post guerre froide et en même temps exemplaire des débats plus généraux concernant la réparation des préjudices historiques passés quels qu’ils soient.

Les membres du programmes réfléchissent à l’ensemble de ces questions tout en suivant très concrètement les actions et revendications qui se multiplient en ce sens comme l’affaire des quatre Mau Mau (Kikuyus) en Grande Bretagne ou celle des têtes momifiées en France.

GARAPON, Antoine, Peut-on réparer l’histoire ? Colonisation, esclavage, Shoah, Paris, O. Jacob, 2008.

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